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Cosmopolitiques

Cosmopolitiques d'en bas et territoires circulatoires. Travail du sexe: des femmes de retour vers les Balkans

Auteur: 
Alain Tarrius

Un nouveau type de migrants internationaux post-coloniaux, post-socialistes, et post-fordistes est apparu ces quinze dernières années en Europe, aux Amériques et en Asie du Sud-Est. Les « transmigrants », c’est ainsi qu’on les désigne, circulent par milliers le long de « territoires circulatoires » transnationaux, itinéraires judicieusement choisis pour franchir « au mieux » les frontières, et livrent dans telle ou telle nation des produits (souvent électroniques) achetés à Dubaï ou à Koweit City. Les passages de frontière s’entendent hors taxes et s’effectuent avec les complicités de douaniers, policiers et agents consulaires. Tirant leur notoriété, et leur utilité, de leur « savoir passer », les transmigrants ne posent pas de problèmes sociaux ou politiques particuliers aux autorités des nations traversées : la validité d’un visa touristique est suffisante pour leurs commerces et nulle part ils ne sollicitent des interventions pour une éventuelle sédentarisation. Au bout de deux ou trois mois, après des ventes et quelques travaux ici ou là (agriculture, bâtiment), ils passent dans une autre nation, et ainsi pendant neuf à douze mois. Puis, de retour dans leurs villages, séjournent environ une année avant de reprendre leurs rotations. Ces migrants internationaux bouleversent les conceptions intégratives généreuses des nations ouest-européennes et exigent de la part du chercheur un « repositionnement » idéologique, épistémologique et méthodologique : il s’agit de passer de l’approche classique du migrant-objet au migrant-sujet de son déplacement. Il s’agit aussi de concevoir les « territoires circulatoires » comme autant de marquages d’intenses interactions, c'est-à-dire de privilégier les temps sociaux par rapport aux « paramétrisations  objectives des itinéraires ». Il s’agit enfin d’étudier les productions sociales des transmigrants, lors de leurs circulations comme lors de leurs haltes, comme dégagées des préalables habituels de la préséance du lieu dans l’expression des hiérarchies identitaires.


A l’est méditerranéen, les transmigrants Afghans.
 Environ soixante mille migrants  Afghans passent annuellement par les ports turcs, Samson et Trébizonde, et géorgiens, Poti, de la Mer Noire : là ils se chargent de produits électroniques du Sud Est asiatique transitant par Dubaï et Koweït City. Totalement détaxés ils sont livrés en Bulgarie, c'est-à-dire dans la Communauté Européenne, à 40% de leur prix de vente ouest-européen. Environ six milliards de dollars de marchandises franchissent ainsi cette frontière. Ces « transmigrants » afghans retournent ensuite chez eux, après trois ou quatre allers retours sur la Mer Noire.
Les régulations des échanges bancaires liées à la Crise interdisent désormais et depuis 2008 à ces migrants, auxiliaires des stratégies commerciales du « poor to poor », «pour les pauvres et par les pauvres » des grandes firmes,  (contournement des règles de l’OMC et détaxe des produits devenus ainsi, en entrée de gamme, accessibles à un plus grand nombre), de bénéficier de lignes internationales de crédit que des banques émiraties leur consentaient à raison de 40% du montant de leurs achats. Alors des réseaux criminels suppléent à cette « moralisation » des circulations de capitaux en offrant des sommes équivalentes d’argent à blanchir et, en contrepartie, exigent des Afghans qu’ils cultivent, pendant leurs migrations, le pavot à opium en Turquie et en Géorgie.
 En somme des dizaines de milliers d’Afghans  se trouvent contraints de participer aux activités de réseaux criminels et y associent de fait des grandes firmes de l’électronique asiatique. Ces nouvelles accointances, étendues aux populations balkaniques, fournissent une main d’œuvre afghane et albanaise aux entreprises sud italiennes pratiquant le blanchiment du même argent sale.

A l’ouest méditerranéen, les transmigrants Maghrébins.
Le même phénomène, mais à distance des réseaux criminels, se produit à l’initiative de Maghrébins sur l’arc euro-méditerranéen occidental, connectant étapes et parcours d’Algésiras à Gènes, avec une forte centralité marseillaise. Dans ce cas la plupart des transmigrants commerciaux disposent de logements dans le parc social français, où résident des membres de leurs familles, et de papiers autorisant leur séjour et leurs déplacements. On peut également signaler un axe de circulations turques de Strasbourg à Marseille, via Lyon parcouru par des transmigrants Turcs et Marocains.
 La notion de « territoires circulatoires » que nous employons désigne les itinéraires et les relations ou interactions originales qui associent ces migrants dans les durées éphémères et les distances internationales de leurs déplacements : là des productions sociales originales, tributaires du renversement du rapport sédentarité/identité en mobilité/cosmopolitismes, créent des univers sociaux originaux hors de portée des populations indigènes, et surtout des gestionnaires, élus ou non, des politiques d’intégration.


Les « docteurs Egyptiens ».
Des transmigrations de médecins Syriens, Irakiens et Bulgares se sont développées le long des mêmes itinéraires. Quelques centaines de ces praticiens formaient, en 2005, une migration d’accompagnement des Afghans et de leurs associés balkaniques. Au fur et à mesure des années et de la progression de leurs itinéraires vers l’Espagne, leur transmigration est devenue autonome, en liaison avec les populations de migrants musulmans sédentarisés, et pour certains, en attente d’une opportunité de rejoindre un hôpital. Au nombre de 1500 à 3000 dès 2009, selon les saisons, ils parcourent les concentrations d’habitat social et sont toujours consultés par les divers transmigrants qui œuvrent le long des côtes euro-méditerranéennes : Afghans à l’Est et Marocains à l’Ouest, Turcs en Allemagne et le long d’un itinéraire reliant Strasbourg à Marseille. Leur notoriété est grande et ils sont surnommés du titre prestigieux de « docteurs Egyptiens », de l’âme (ils circulent de mosquée en mosquée) et du corps. Ils pratiquent des diagnostics sans dénudation des femmes (pouls,…) et utilisent les sites de l’Internet médical pour leurs prescriptions. Les commandes et distributions de médicaments sont généralement effectuées par des jeunes filles résidentes des logements sociaux. Ce qui ne va pas sans problème pour les médecins locaux :

 Une adolescente de Nîmes a décelé une « erreur » de prescription du médecin généraliste libéral de son quartier lors du traitement de la goutte d’un de ses voisins : celui-ci venait d’être opéré d’un cancer de la prostate et la prise du médicament pour la goutte semblait provoquer de graves troubles digestifs. L’adolescente, en lisant les mises en garde sur internet découvrit qu’il était fortement décommandé d’administrer ce médicament (colchicine + poudre d’opium) pour la goutte en cas de « pathologies de la prostate ». La famille en fit part au médecin, qui répondit que de toute façon la prostate n’avait rien à voir avec la digestion. Catastrophe, la mise en garde internet signalait à « effets indésirables » des « troubles graves de la digestion » : un « médecin référent » consulté en urgence sur un site Internet canadien confirma cette mise en garde. Le médecin local fut totalement discrédité auprès de très nombreuses familles. Il interpela la jeune fille à l’origine des informations, au pied de son immeuble et lui demanda de ne pas répandre des rumeurs :  celle-ci, devant un public qui se densifiait de minute en minute tint tête :
 « tu devais donner de la colchicine simple et non du « colchimax ». A moins que tu sois un dealer d’opium. (…) et si tu avais eu cette personne dans un examen quand tu faisais tes études, tu aurais été collé. »
Les applaudissements d’une foule d’une trentaine de personnes empêchèrent le praticien de répondre. Des descriptions identiques de la scène me furent faites par des témoins de l’altercation comme par le médecin qui me confia que les résultats de ce conflit étaient graves pour lui :
 « Elle a vidé mon cabinet et rempli sa cuisine.(…) de toutes façons je ne resterai pas ici ; les adolescentes avec Internet, les ‘médecins égyptiens’ plus ou moins formés au Maroc, qui maintenant passent toutes les semaines pour des consultations collectives, les vieux qui reviennent du bled avec des herbes. C’est la vie tribale et les chamans qui se multiplient».

Du pourtour méditerranéen, les transmigrantes pour le travail du sexe.

 Ces deux nouvelles migrations internationales sont accompagnées d’un regain des transmigrations féminines pour la prostitution à partir des Balkans, du Caucase et du pourtour méditerranéen vers les « clubs » du Levant espagnol, via Naples, Bari, Brindisi. L’étape italienne sert à initier ces femmes Ukrainiennes, Moldaves, Roumaines, Macédoniennes, Albanaises, Libanaises, Tunisiennes et Marocaines à la maîtrise de la « cocaïne pour le client », généralement un quart de gramme « sniffé » avant la passe. De la Junquera à Malaga, la ‘passe’ se négocie désormais avec une telle dose de cocaïne. Le rapport, pour les femmes et surtout pour les nombreux Russes, Géorgiens et, évidemment, Espagnols, voyous ou policiers, qui les encadrent, est quasiment doublé.  La Junquera (frontière du Perthus) lieu d’entrée privilégié associe aux revenus de ces activités quelques notables de part et d’autre de la frontière et surtout de Perpignan à Barcelone.
Nous avons enquêté auprès de soixante femmes, travaillant dans des « clubs » espagnols, de la frontière française à Malaga et Cadix.
Parmi elles, 35% consomment régulièrement de l’héroïne : ce choix est justifié par la facilité d’obtention (offre abondante, prix autour de 10 € le gramme pour un produit de bonne qualité ) de ce psychotrope à l’Est, où elles aspirent toutes à retourner, après quelques années à l’Ouest, mais aussi par le caractère plus « souple » de l’usage de l’héroïne, dès lors que « l’accrochage » à la cocaïne est effectif. La cocaïne est préférée par 20% d’entre elles qui disent n’en consommer quotidiennement qu’en fin de travail.
De trois à cinq ans après leur arrivée en Espagne, environ 50% d’entre elles entreprennent une migration professionnelle vers l’Allemagne, les Pays Bas, la Belgique ou encore la Tchéquie, avant de retourner chez elles. Cette variante de la transmigration implique un passage par la France où elles retrouvent autant de femmes venues d’Italie. Elles sont encore rejointes par quelques milliers de travailleuses du sexe, venues d’Amérique Latine et passées quelques années par Madrid. Cette population, qui acquiert ainsi le statut de « transmigrante », regroupe environ cinq mille femmes et à peu près autant de parents et amis qui les accompagnent fidèlement. Ces accompagnant(e)s résident dans les villages voisins des clubs ou des carrefours, rendent divers services aux habitants (soins aux personnes âgées, garde d’enfants, petite restauration, commerce de produits exotiques, etc..) et souvent négocient avec les transmigrants commerciaux Marocains leur résidence dans un appartement du parc social de Perpignan, Nîmes, Montpellier, Avignon, Toulon, Lyon, Strasbourg… Où ils partagent durant les douze mois que dure leur transmigration en France, une pièce équipée d’ordinateurs où sont hébergés des sites internet de rendez-vous, mais aussi qui permettent à des jeunes filles des cités d’effectuer les commandes de médicaments pour les  « médecins Egyptiens », et d’exercer une vigilance commerciale pour leurs proches, adeptes des transmigrations commerciales ; une autre pièce servant au stockage de produits commercialisés par les transmigrants Marocains ou Afghans. Les femmes travaillent le long des routes et le partage du logement ne concerne que la tenue du site  internet de rendez-vous. Les nouveaux univers sociaux qu’impliquent les interactions entre transmigrants d’horizons cultuels, culturels, économiques aussi différents, dans l’intimité de l’usage commun de ces appartements, à échanger toutes sortes d’informations obtenues aux quatre coins d’Europe et au-delà, mais aussi dans les plus proches voisinages, produit une méta sociabilité débarrassée des habituels replis identitaires. Un cosmopolitisme migratoire est en train de naître, favorable à des déploiements transfrontaliers nouveaux. Il ne s’agit pas du cosmopolitisme du voisinage de quartiers de populations d’origines contrastées mais d’un mixte de métissage et de cosmopolitisme interindividuels, d’accompagnements brefs mais intenses.
Cette « heureuse perspective », à défaut de « happy end » prévisible, ne concerne, pour les travailleuses du sexe, qu’une minorité d’entre elles, qui retournent, selon leurs désirs, dans (ou près de) leur famille après huit à dix ans de pérégrinations européennes. Deux récits recueillis auprès de jeunes femmes des Balkans (une Albanaise et deux sœurs Macédoniennes) illustrent ces trajectoires.


       Histoire de  Sardinella l’ Albanaise
Lorsque je rencontrai Sardinella elle avait 27 ans. Elle travaillait dans un club proche d’Alméria depuis environ 26 mois en qualité de « barmaid » . En attente de sa régularisation définitive elle avait projeté,  une fois cette démarche accomplie, de retourner à la ferme proche de Skhodra, en Albanie, où elle était née et que ses parents exploitaient toujours. Sa « carrière » en Espagne avait débuté à La Junquera, sur la frontière franco-espagnole, s’était poursuivie dans un club d’abattage  -pour ouvriers agricoles étrangers- près de Valencia, puis dans un petit club sur une plage d’Alicante et enfin de nouveau dans un club d’abattage, près d’Alméria , soit au total sept années. Tout cela après un passage de deux années à Tarente, dans le Sud italien.
Sardinella s’exprimait dans un excellent italien.

« Après 1989 mes parents avaient renoué avec la tradition familiale catholique. Ils me firent donc baptiser cérémonieusement par un prêtre italien  A mon prénom chrétien
on ajouta celui de « Sardinella » , un peu par dérision… celui là même qui allait me rester ; j’étais grande ,très maigre avec une petite tête et des yeux ronds:  « ni bonne à griller , trop sèche, ni bonne à saler, trop longue : ni sardine ni anchois, c’est une sardinelle » avait dit le prêtre  ; et je suis restée ainsi. Avec mon surnom, que j’aime bien..
C’est à quinze ans que l’envie me vint de partir pour l’Italie. Ici , dans le nord de l’Albanie nous sommes très liés à la région de Tarente et Brindisi ; les religieux et les bonnes sœurs qui viennent chez nous attirent là-bas des travailleurs saisonniers ou définitifs. Pas les voyous musulmans qui vont dans les Abruzzes , de bons ouvriers agricoles et des pêcheurs.
Alors je suis passée par les religieuses. C’était la voie. Deux années de messes et de vêpres. Et puis le grand jour : le noviciat à Tarente.
On s’est embarqués à Durrës , trois religieuses italiennes, un curé et moi.
Arrivés à Tarente j’ai été en noviciat une année dans un grand appartement bourgeois aménagé en couvent; un vie tranquille mais un peu  triste. L’Italie était dehors…. Si tu vois ce que je veux dire. J’avais dix huit ans, et on m’a donné, lors d’une petite fête, des papiers de résidente qui autorisaient ma circulation dans l’espace Schengen. Mon bonheur était fait, celui de ma famille aussi.
Mais le soir même je m’enfuyais dans les rues de Tarente , précipitant dans le malheur tous  ceux qui, au même moment, me fêtaient.
Dans cette ville, lorsque tu es en rupture aves les religieux et les bourgeois tu n’as pas de choix , il faut habiter sur l’île, entre les deus bords de la lagune et en face du Golfe. Il y a là de vieux immeubles de trois ou quatre siècles, complètement pourris et peuplés de zombies qui sortent la nuit pour la came. Vers le Golfe des remparts d’environ dix mètres  et vers la lagune le port de pêche et la grande criée aux poissons.
Le quai est large et l’eau affleure. Il y a un café tabac pour des fainéants ivrognes, de ceux que la mafia n’a même pas voulu employer pour nettoyer la criée. Et des types alignés contre les vieilles façades, les mains dans les poches, bien écartées, de huit heures du matin jusqu’à la nuit. Ensuite, c’était ma vie qui commençait..
C’est là que j’ai rencontré Emilio, un faux dur de vingt deux ans qui travaillait de temps à autre avec un pêcheur qui lui fourguait un peu de mauvaise coke et des poissons invendables pour le payer .. Autant te dire qu’Emilio il a tout de suite été pour moi.. Il était petit et gros, alors, tu vois le couple. Mais depuis trois ans qu’il rôdait dans le coin il s’était fait une niche dans un vieil immeuble qui ne prenait pas la flotte. J’ai trouvé un petit boulot à la criée et nous avons vécu comme des oiseaux au nid, ou comme des rats au fond du trou, c’est selon  qu’on voit la vie comme deux tourtereaux adolescents ou comme deux adultes ratés; là il s’agissait bien du ratage.. Emilio et son pêcheur m’expliquèrent qu’il serait bon pour tous que je travaille trois ou quatre heures, jusqu’à minuit, en me vendant dans la grande barque de pêche. Comme ils m’aimaient bien ils m’expliquèrent encore que je ferais la passe avec de la coke, c’était une exigence des mafieux qui autorisaient ce commerce : à moi de la doser pour que le cave s’énerve sans pouvoir passer à l’acte ; et surtout qu’il ne s’endorme pas. Et pas d’over dose sinon il faudrait les jeter dans la lagune - ce qui n’est jamais arrivé-. Disons qu’une fois sur deux j’évitais les envies de mes clients; à ceux qui revenaient et qui demandaient leurs fantasmes , je leur disais que j’avais le Sida, mais qu’ils ne risquaient rien car j’allais me laver à l’eau de mer qui nous entourait, et qui est une des plus polluées  d‘Italie; la coke leur suffisait alors. Nous avons vécu quelques mois ainsi, Emilio avec quelques surplus de coke et mes sous et le pêcheur avec son commerce de dope ; et puis il a fallu travailler pour des policiers qui nous avaient repérés. Et tout devait se terminer par la grande transaction finale : les mafieux envoyèrent le rafiot du pêcheur par le fond, triplèrent le volume de la figure d’Emilio et m’embarquèrent dans un grande vedette:
« La coke et le sexe, ça marche fort en Espagne, et puis t’es tellement moche que les vicieux aiment ton genre; alors demain matin, direction  Barcelone; »
Avant de partir ils m’envoyèrent faire quelques courses, pour les trois repas à venir. Je leur en ai fait une de bonne ; j’ai acheté pour une misère cinq kilos de … sardinelles. L’un d’eux me dit « bien! du poiscaille, ça nous donnera des forces pour te faire la fête »; ce qui devait arriver arriva, dès le premier repas l’insupportable odeur de la sardinelle frite les fit vomir ; le curé avait oublié de dire, lors du baptême, que je ne pouvais pas davantage être frite. Les pêcheurs me mangent crue. Bref, ils me considérèrent comme une vraie catastrophe; et le dégoût que je leur inspirais me réconforta d’un voyage passé sur le pont dans les embruns  « pour pas , en plus, que tu pues trop à l’arrivée. Et nous avec. »
Le débarquement s’effectua au port de La Escala. Ils me dissimulèrent un peu, probablement qu’ils avaient peur d’être déconsidérés, surtout parce qu’ils transportaient autre chose : de la belle neige de l’Etna, comme on dit en Italie. Moi j’étais le pourboire. Je ne les ai pas enrichis, et heureusement que j’avais le permis de circuler italien, sinon personne ne m’aurait prise, y compris dans le club le plus lamentable..
Des transactions suivirent mon arrivée dans un « club » de la Junquera, à la frontière, qui comprenait une vaste cour pour le stationnement de camions, un restaurant, une boutique d’alcools et de conserves et, dans un bâtiment en rez de chaussée, le bar et les chambres du bordel. Il y a six chambres; les filles sont louées au quart d’heure.
Au début, en attendant d’avoir des papiers espagnols en règle, je faisais les nettoyages des chambres et du bar dans la journée. La nuit j’allais dans un bosquet voisin « travailler pour les flics » : un fourgon se plaçait là tous les soirs de neuf heures à minuit pour la « sécurité » qu’ils disaient ; en fait c’étaient mes proxénètes-flics. Je leur reversais la recette.  Après minuit j’orientais les clients qui voulaient la passe+ la coke vers mon hôtel à la Junquera ; des Africaines y louaient aussi des chambres. Chaque soir un gars venait de Perpignan avec les doses toutes prêtes : on le payait cash au prix fort. On faisait au maxi quatre caves. C’étaient mes seuls revenus ; au total 800 euros par mois. Lorsque j’ai eu mes premiers papiers, à la fin de l’année suivante, tout a changé. On m’a officiellement embauchée au club , comme « serveuse »; à la passe j’étais d’une rentabilité moyenne, une dizaine de clients entre six heures de l’après-midi et environ deux heures du matin. Ils me disaient sans arrêt que le plancher devait être de deux à l’heure. Mes clients : peu de camionneurs -je n’étais pas leur idéal de femme-  et beaucoup de Français un peu solitaires et  -ma malédiction-  un peu bizarres; le club commençait à prendre une tournure un peu sinistre. C’est alors, comme « dernière chance » qu’on m’a mise aux enchère  ; les principaux clients de Perpignan ont été avertis et un vendredi, entre 17 et 18 heures, une dizaine étaient là , rideau tiré. On m’a regardée sous toutes les coutures et le patron a proposé « 5000 euros à partir de 5 mises ; rapport 8 %». Les clients éclatèrent de rire et l’un d’eux dit : « rien à moins de15 %; tu nous refiles la grande Duduche »; je hurlais « je suis Sardinella!! » après un instant de silence ils explosèrent de rire. « Et en plus elle est hystérique » dit un petit gros dont on me dit par la suite qu’il était juriste. Le patron leur offrit un repas. Puis il vint me voir, dans un chambre ; là je reçus ma première sérieuse correction : « fais ta valise, demain tu descends au Sud ». A l’hôtel, ce soir là le veilleur vint me dire « je ne peux plus te garder … puis…. Sardinella, je te regarde beaucoup et je t’aime bien; alors crois moi enfuis toi en France; ils vont te mettre dans un bordel d’abattage pour les ouvriers agricoles, près d’Alicante ». Je me mis à pleurer : c’était le seul homme depuis longtemps qui me parlait avec douceur. Je ne voulais pas l’embêter, alors sans rien dire je suis allée faire ma valise, et j’ai dormi chez une Africaine qui m’a serrée contre elle, après m’avoir montré ses cicatrices de cigarettes sur son dos.
Somme toute, cette maison d’abattage était bien plus confortable que mes « hébergements » précédents : douze heures de travail par jour, dix minutes par client, qui n’avait pas le choix, et donc des éjaculations rapides, directes, sans autre fantasme que l’acte normal. On m’avait dit que j’aurais affaire à des Arabes, et que ce serait terrible. En fait ils étaient plus propres, sur eux et dans leur tête que les tordus italiens et français. Dans ces conditions je faisais bien mon travail et au bout de quatre mois je fus « cédée » à un petit club proche d’Alicante, sur une plage. Les employés espagnols d’une grande boîte européenne fournissaient la clientèle : trois heures de bar et de nettoyage, six heures de travail en intérieur, et les deux dernières heures dehors, avec la coke, qui était livrée chaque jour par un Hollandais, en doses. Ensuite je dormais à l’intérieur du club dans une des six chambres où je travaillais. Ca aurait pu être bien, si j’avais eu la clientèle des ouvriers agricoles arabes ; mais le défilé des neu-neus avait recommencé, -ils m’avaient vite repérée- , avec leurs jérémiades et leurs demandes de tordus. L’inévitable se produisit ; le patron me dit « désolé Sardinella, je t’aime beaucoup, mais bientôt nous aurons la réputation de l’annexe de l’hôpital psychiatrique; et ça c’est pas bon. » Il m’avait trouvé un bordel d’abattage près d’Alméria ;  c’est là que tu m’as trouvée; c’est la dernière étape avant l’Afrique, aussi il est temps que je rentre à Skhodra. J’y pense depuis au moins deux ans. Il ne me reste plus que quatre mois; aussi quand tu me dis que tu vas passer là-bas, en Albanie, je te remercie mille fois de parler à mes parents. E t de me dire…. »
   Lors de mon passage à Skhoder (ou Skhodra) , un mois plus tard, ses parents parfaitement au courant de l’aventure Tarentaise de Sardinella m’implorèrent ; il fallait qu’elle revienne. Son unique frère venait de créer un petite pêcherie près du canal qui relie le lac de Skhoder à l’Adriatique. Il me dit de lui dire qu’elle devrait démarcher des clients et peut-être, si elle le voulait, changer de prénom pour cela.

 


Histoire d'Irina et de Sofia, les sœurs Macédoniennes.

Irina et sa sœur Sofia travaillaient dans un grand club, très luxueux, près de Bénidorm lorsque je les rencontrai en octobre 2008. Dix mois auparavant elles avaient quitté leur premier séjour espagnol dans un grand club de la Junquéra, en bordure de la route nationale. Et ce depuis leur arrivée en Espagne trois ans auparavant, à l’âge de dix neuf et dix huit ans. Elles s’exprimaient dans un mélange de broken English et d’Espagnol… aux intonations slaves.
C’est qu’elles appartenaient à une famille, en bordure de la frontière bulgare, de propriétaires terriens qui depuis des siècles affirmaient leurs filiations slaves et leur fidélité à l’Eglise orthodoxe russe, puis bulgare. Elles avaient seize et dix sept ans quand elles prirent leur « indépendance ». A Sofia elles trouvèrent presque immédiatement un travail dans un snack bar très en vogue qui n’employait que de très belles jeunes filles vêtues de sortes de paréos et de mini jupes.

« Nous étions parmi celles qui avaient le plus de clients dans leur secteur. Surtout des étrangers de passage. Trois mois après notre embauche pour un salaire misérable de 80 euros, les collègues nous apprirent comment l’augmenter: repérer , au service du soir, un client solitaire et argenté.(…) Nous lui demandions de nous attendre près de la sortie …. Et pour 80 euros nous l’amenions dans le lit commun de notre appart finir la nuit. Pour lui bien sûr c’était inespéré, et pour nous, nous n’en revenions pas de gagner jusqu’à 1600 euros par mois(…). Nous avons loué un appart plus confortable dans le vieux quartier du centre de Sofia, près du grand marché, chez un Géorgien qui avait, comme la plupart d’entre eux monté une ‘agence de sécurité’. Et puis nous avons continué notre commerce,(…). Le premier souci du Géorgien fut de nous procurer de l’héroïne et de nous indiquer où nous pouvions l’échanger contre de la coke, qui convenait mieux au quart d’heure que passaient les clients avec nous(…). Le Géorgien nous expliqua que nous étions trop repérées à Sofia; il nous proposa de nous conduire dans un beau « club » espagnol (…)
Via Bari, où nous sommes restées quinze jours pour apprendre la coke avec la passe, nous sommes arrivées à Barcelone. (…) Nous étions donc « cédées » pour environ 5000 euros chacune. (…)
A minuit nous arrivons dans ce club. Un ancien grand hôtel de luxe sur le bord de la route. Le patron nous a fait rentrer par l’arrière. Il nous a demandé de nous déshabiller, (…) « Demain, à 6 heures de l’après-midi, il y aura une réunion; on saura alors ce que vous ferez; d’ici là, on reste dans cette chambre sans bouger; et habillées s’il vous plaît : on n’est pas dans un bordel bulgare. Et demain surveillez ce que vous dites; si vous continuez à être vulgaires ça ne marchera pas. »  (…)
C’est vers six heure de l’après midi que des bourgeois arrivèrent pour les « enchères ». Le patron nous expliqua que nous devrions nous vendre le mieux possible. S’il récoltait 100 000 euros et offrait aux investisseurs pas plus de 20 % l’an cela signifiait que nous étions libres d’aller où nous voudrions au bout d’une année, à condition de bien travailler, mais il avait, disait-il des idées pour nous.
Les belles voitures arrivèrent de France et d’Espagne et environ trente péseux rentrèrent par les cuisines(…) . Les enchères commencèrent; il démarra la mise à dix mille euros d’investissement et  12 % de revenus annuels; puis en une heure on arriva à 25 000 euros et 18 %. Avec en prime la disponibilité gratuite des deux sœurs une fin de nuit tous les trimestres. Il restait six « boursicoteurs », soit cent cinquante mille euros plus 18 % , donc 180 000 euros…disons 15 000 par mois pour nous deux, pour recouvrer la liberté. Rembourser donc ce qui était présenté comme « une avance ». Le « challenge » nous a semblé très réalisable. Il fallut ajouter 3000 euros chacune par mois pour les papiers, que le patron nous obtint en deux semaines  (…)-, et pour la pension, coiffeur, manucure, masseur, et médecin inclus. En fait de « projet », le patron nous louait à quatre clients à la fois au maximum six cents euro les deux heures  dans une de ses deux  « suites » de l’hôtel. Parfois il y avait des femmes : d’évidence les maîtresses des clients, surtout chez les Français. (…)»
Un Catalan de Perpignan était là les après- midi et le soir. Les clients prenaient une dose de coke pour venir nous voir et souvent en achetaient en repartant, mais jamais les transactions ne s’effectuaient dans le club. (…) Nous avons été surveillées tous ces mois. Parfois nous sortions pour un repas ou une boîte à Figueras ; nous sommes aussi allées à Collioure, en France (…)Nous avons demandé s’il y avait des clubs en  France, mais en leur absence le mieux était de trouver des super bourgeois pour nous acheter. Mais nous étions trop jeunes pour finir ainsi.
On nous a annoncé que nous allions dans un super club près de Benidorm un jour d’hiver ; cela faisait environ deux ans que nous étions arrivées et les prévisions financières du patron étaient explosées; les six derniers mois, devant la demande, il nous demandait de travailler quatre et parfois cinq fois deux heures. (…)C’est alors que nous sommes passées à l’héroïne. Même fournisseur, en seringues.
Benidorm c’était le rêve, nous avions nos matinées pour aller en ville; il y avait tout le confort dans le club. On nous donnait 10 000 euros à chacune par mois et l’appart, dans le club, plus tous les soins nous coûtait trois mille euro l’une. Sofia avait réussi à économiser plus de 80 000  euros et moi 110 000. Nous avons alors décidé de nous séparer : Sofia pour aller dans un Eros Center allemand où elle poursuivrait une carrière  internationale. Elle a 21 ans et envisage de faire ce travail jusqu’à ce qu’elle puisse s’acheter une boîte. Mais je ne sais pas si ça se passera comme ça : à prendre des risques, elle a attrapé une maladie très grave. Il n’est même pas sûr qu’ils la prennent en Allemagne. Quant à moi, je retourne en Macédoine, à Skopje, où je reprends le plus beau salon de coiffure de la ville. »
Peu après cet entretien, lors d’un passage dans les Balkans, en avril et mai 2009, je rencontrai les parents d’Irina et de Sofia. Ils s’obstinèrent à me dire, durant une demi-heure, avant de m’éconduire, que leurs deux filles avaient sombré trois ans auparavant dans un naufrage de ferry dans l’Adriatique…. Lorsque je remontai dans ma voiture, le père me dit, les yeux embués: « et si cette personne qui se fait passer pour Irina s’installe à Skopje, dites-lui que son commerce brûlera jusqu’à ce qu’elle parte se faire voir ailleurs ».
Je ne manquais pas de rapporter ces propos, puisque je m’y étais engagé. Ce qui valut ce commentaire : 
« …toujours deux siècles de retard ; il faudra bien qu’ils se réveillent. Le cercueil de Sofia les rappellera à la réalité. Sinon leur ferme brûlera avant mon salon. »
Sofia, soignait un VIH.

L’histoire des sœurs macédoniennes, comme celle de Sardinella, est commune, à quelques variantes près, aux jeunes femmes rencontrées dans les clubs espagnols. Leur retour au pays, lorsqu’elles sont porteuses du VHC ou du VHI, est problématique : à la mesure de l’accès aux soins.
Ultime pied de nez des réseaux criminels : ils les aident à obtenir les diverses thérapies qu’ils déversent sur Internet.
Vers de nouvelles formes.
 Ce que l’on peut apercevoir des morphologies des nouveaux réseaux criminels, sous réserve de recherches plus précises, c’est d’une part leur fragmentation en itinéraires multiples et d’autre part leur ethnicisation et leur « démocratisation », dans le sens d’une plus grande accessibilité  des réseaux criminels par les populations locales.

Fragmentation en itinéraires multiples non conflictuels.
De l’Europe de l’Est jusqu’à la France et l’Espagne on peut distinguer au moins six réseaux : -celui qui, partant des ex-républiques soviétiques d’Asie, passe par la Pologne et l’Allemagne. –celui qui, partant du Caucase, passe par la Géorgie et l’Ukraine, puis l’Autriche et la Suisse. – celui qui, partant de Géorgie et d’Afghanistan, passe par la Turquie, l’Italie du Sud et l’Espagne, sur lequel porte notre recherche . –celui qui, partant d’Asie du Sud-est, passe par le Golfe, le Liban, la Grèce, l’Italie du Nord et la France , il est ‘animé’ par des Chinois. –celui qui, partant d’Afghanistan, passe par la Turquie, la Grèce, le Sud de l’Italie, la France et l’Espagne. –celui qui, partant du Liban, traverse les pays sud-méditerranéens jusqu’en Espagne.- ; nous n’envisageons pas là les réseaux remontants (i.e. Nigéria, Maroc, France, Grande Bretagne ; ou encore Somalie, Lybie, Italie du Sud) ni transatlantiques (Colombie, Brésil, Europe et Afrique, etc, etc… ). Il ne s’agit là que des réseaux véhiculant cocaïne, crack, héroïne, morphine et brown sugar. Evidemment cette multiplicité vit sans arrêt des chevauchements et irrigue souvent les mêmes régions. L’offre est ainsi diversifiée, tant en qualité qu’en prix. On est passé d’un commerce de petits épiciers rivaux à une offre de type grands magasins multimarques. Il n’y a plus de grands conflits entre réseaux. Cette évolution a été concomitante chez les transmigrants, comme dans les réseaux criminels

Ethnicisation.

Depuis une quinzaine d’années nous avons constaté que les transmigrants fonctionnent en réseaux ethniques et ont la particularité de développer un code d’honneur, un métalangage, débarrassé des références religieuse ou idéologiques des uns  et des autres, qui non seulement évite les conflits, mais de plus met en synergie la diversité des origines pour l’obtention et la distribution d’un produit. Cette caractéristique qualifie aujourd’hui les nouveaux réseaux criminels. Chaque réseau possède les attributs de ses membres, Géorgiens violents, Chinois habiles commercialement, etc, etc, mais sans que cela dépasse les représentations populaires usuelles. Tous ces réseaux « ethniques » sont solidaires face à la frilosité des Etats dans leurs rapports aux étrangers et face à la nécessité de partager un immense marché.
Ces réseaux sont désormais polyvalents, des contrefaçons aux psychotropes, aux médicaments en vente sur la toile, en passant par les armes et les femmes, ils se sont aussi démocratisés, entretenant avec des « fournisseurs » ou des clients des relations occasionnelles, non contraintes, offre et demande croissant sans limite ; enfin leurs rapports sont paisibles, appelant à d’intenses collaborations divers réseaux, ethniques ou non. Les grands opérateurs sont internationalement solidaires : ce sont les petits commerçants de rue qui entretiennent, dans cet univers des mobilités, quelques conflits meurtriers. Evidemment le système d’omerta qui les protégeait s’impose de moins en moins mais comme, parallèlement les diverses polices, douanes, etc.., sont plus perméables à la corruption…
Un nouvel ordre criminel, proche du modèle Internet, se déploie, associant aux carrefours stratégiques les classiques « pieuvres » locales, de l’imposante Camorra à la discrète Brise de Mer, etc..,  dans une toile planétaire. Désormais les tentacules débordent du local vers un inépuisable mondial.
Les sociologues de la première Ecole de Chicago situaient le « district moral », ces lieux de la ville bien réels désignés par les mobilités de tous, aux emplacements fluctuants des rencontres des besoins masqués mais impératifs des habitants. La métropole concentrait le monde et renouvelait ainsi ses formes : désormais chaque lieu du vaste monde est virtuellement équivalent à tous les autres. Les transmigrants nous apprennent que ces lieux pleins de virtualités sont réellement reliés par d’immenses chaînes d’interactions qui traversent et enserrent les nations en autant de territoires circulatoires..
 Alors que les Etats peinent à définir leur place dans cette insaisissable mondialisation.







Références

Quelques productions d’Alain Tarrius sur le thème des transmigrations reprises dans cet article:
-articles (9 articles sur 108) :
Réflexions sur l’auto-organisation des déplacements des Maghrébins à Marseille. RTS 12. 1986.
-L’entrée dans la ville : migrations maghrébines et recompositions des tissus urbains à Tunis et à Marseille. REMI, 1er trimestre 1987.
-Docklands :dockers irlandais et yuppies initiateurs de la nouvelle ville internationale « white and clean ». ARU mai 1990.
-Territoires circulatoires et espaces urbains. ARU. 59/60 décembre 1993.
-Du commerce communautaire aux réseaux de l’économie souterraine mondiale. Journal des Anthropologues. 59. 1995.
-Communautaires et sociétaires : le cas d’une mobilisation transfrontalière partagée autour des trafics partagés de psychotropes. Cahiers de l’OFDT, juillet 1999 .
-Mobilités transnationales  et nouvelles formes cosmopolites. Janvier 2001.  Journal des Anthropologues.
­-Migrations internationales et cohabitations urbaines aux bordures de l’Europe. L’année sociologique, n°1, 2008.
-Territoires circulatoires et étapes urbaines de transmigrant(e)s en France : cosmopolitismes migratoires. Regards croisés sur l’économie, 4.2010.
Livres (7 livres sur 15):
 Anthropologie du mouvement. Paradigmes éd. 1989.
Les Fourmis d’Europe : migrants pauvres, migrants riches et nouvelles villes internationales. L’Harmattan 1992.
Arabes de France dans l’économie souterraine mondiale. (avec Lamia Missaoui). L’Aube, 1995. (réédité 2000 : Economies souterraines. Le comptoir Maghrébin de Marseille).
Les nouveaux cosmopolitismes . L’Aube 2000.
La mondialisation par le bas. Les nouveaux nomades des économies souterraines. Balland 2002.
La remontée des Sud. Afghans et Marocains. L’Aube 2007.
Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels. (avec Olivier Bernet). Trabucaire, 2010.
 

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